L'activité économique 2

De Wiki des savoirs

Home2.png Accueil > ÉCONOMIE - DROIT > Économique > L'activité économique 2


Par Jean-Pierre TESTENOIRE

Actualisée par Marie BERRAH

La mesure de l'activité économique

L’activité économique des agents produit de la valeur. Celle-ci est mesurée par la comptabilité nationale. En agrégeant la richesse produite (la valeur ajoutée) par les différents secteurs institutionnels, la Comptabilité nationale produit des agrégats qui évaluent la richesse nationale (le PNB), la richesse intérieure (le PIB) ou l’investissement productif, (la FBCF). Cependant, ces agrégats n’évaluent que la richesse monétaire et sont soumis à de nombreuses limites, ce qui explique l’utilisation d’autres indicateurs, non pas de richesse, mais de bien-être.

La comptabilité nationale

La comptabilité nationale fournit une représentation quantifiée de l'économie du pays. Elle présente les opérations réalisées par les acteurs économiques dans un cadre conventionnel et codifié dont l'évaluation monétaire et les comptes constituent les instruments de base. Les comptes de la nation, élaborés sous la responsabilité de l'INSEE, fournissent donc une information statistique périodique sur l'activité économique.

La comptabilité nationale : un outil et son histoire

Objet de la comptabilité nationale

La comptabilité nationale est une technique de synthèse des données statistiques dont le but est de fournir une représentation quantifiée de l'économie d'un pays. Description globale, elle vise à présenter l'ensemble des phénomènes économiques dans un cadre comptable. Support de la mémoire collective en élaborant des séries longues, elle est indispensable pour comprendre le passé de la nation. Nécessaire à une réflexion sur le futur, elle va permettre des prévisions à court terme et à moyen terme :

  • À court terme, elle permet la prévision des budgets économiques : chaque année, la Direction de la Prévision présente des " budgets économiques ", comptes prévisionnels pour l'année en cours et l'année suivante. Destinés au ministère des finances et à la Commission des comptes de la nation, ces budgets économiques sont indispensables à l'élaboration des politiques économiques et plus particulièrement à la politique budgétaire.
  • À moyen terme, elle est un éclairage à la planification : la planification française est une prévision normative, fondée sur la détermination d'objectifs économiques et de moyens nécessaires pour les atteindre. Les plans quinquennaux sont élaborés en France par le Commissariat général au plan à partir de modèles développés par la comptabilité nationale.

Historique de la comptabilité nationale

L'histoire de la comptabilité nationale est relativement récente mais elle s'inscrit dans la longue tradition statistique qui commença avec les recensements de population. Dès la plus haute l'Antiquité, en effet, les états ont cherché à évaluer leur principale richesse, la source de leur puissance, c'est-à-dire les populations qui vivent sur leurs territoires. Ces recensements de population répondaient avant tout à des préoccupations d'ordre fiscal, ils furent suivis de relevés de prix et de statistiques sur le commerce ou la production de certains biens ayant une importance stratégique. Mais il fallut attendre les années 1660 pour qu'apparaissent les premiers travaux pouvant réellement être considérés comme des précurseurs de la comptabilité nationale. C'est ainsi qu'en 1665 William Petty réalise les premières estimations du revenu national et de la richesse de l'Angleterre. En 1696, toujours en Angleterre, Gregory King réalisa un système intégré de statistiques qui peut être considéré comme un ancêtre de la comptabilité nationale. En France, Vauban fit réaliser des études visant à mesurer le revenu national, mais c'est surtout Quesnay qui fait figure de grand précurseur. Son Tableau Économique de 1758 se rapprochait en effet beaucoup, par sa structure, de ce que sont les comptes nationaux actuellement, montrant en particulier les interdépendances entre les secteurs de l'économie. Tous ces travaux ont en commun d'être étroitement liés à des préoccupations fiscales, les travaux de Petty et King prenant même une dimension stratégique puisqu'ils visaient à comparer la capacité de l'Angleterre, de la Hollande et de la France à soutenir un effort de guerre. Mais ces travaux furent critiqués pour leur manque de fiabilité aussi restèrent-ils sans suite notable jusqu'au XXe siècle.

Dans les années 1930 et 1940, les travaux du britannique Colin Clark et de l'américain Simon Kuznets permirent d'améliorer considérablement la mesure du revenu national mais c'est précisément en 1936 qu'eut lieu l'évènement décisif qui fut directement à l'origine de la comptabilité nationale.

Cette année-là, le monde est plongé dans la dépression depuis sept ans, les chômeurs se comptent par millions, les démocraties sont menacées par la montée des totalitarismes, mais les théories économiques dominantes continuent d'enseigner que le sous-emploi ne peut être que temporaire, que les lois du marché rétabliront naturellement la situation et que l'Etat ne doit pas intervenir directement dans la vie économique.

C'est dans ce contexte que l'économiste et homme d'affaires anglais, John Maynard Keynes, publie son ouvrage "Théorie Générale de l'Emploi, de l'Intérêt et de la Monnaie". Ce livre s'attaquait aux bases de la théorie économique classique et démontrait que, s'il n'est pas combattu activement, le chômage peut être durable. Il mettait ainsi en évidence la responsabilité de l'Etat qui, par sa politique budgétaire, pouvait ramener le pays au plein emploi. Rarement un livre aura eu un tel impact, tant au niveau théorique que pratique. En effet, pendant près d'une trentaine d'années, la politique économique de tous les pays du monde occidental fut directement basée sur les principes définis par Keynes. Ce n'est que dans les années 70, avec le développement d'un chômage résistant aux thérapies keynésiennes, qu'une remise en cause sérieuse des théories et des préceptes de Keynes est apparue. Quoi qu'il en soit, l'influence keynésienne reste très forte et nombre de concepts introduits dans la "Théorie Générale" restent à la base des théories économiques dominantes de nos jours. On a donc pu, à juste titre, parler de "révolution keynésienne". La comptabilité nationale, telle qu'elle existe actuellement dans tous les pays du monde, s'inscrit directement dans le prolongement de l'oeuvre de Keynes, et ceci quelles que soient par ailleurs les orientations des politiques économiques menées. En effet, à l'origine, c'est pour permettre aux Etats de mettre en place efficacement les recommandations de Keynes qu'a été créée la comptabilité nationale. Par la suite, sa cohérence, sa rigueur et sa continuité l'ont imposé comme un outil irremplaçable d'analyse de l'activité économique, indépendamment de l'adhésion ou non aux conceptions qui ont prévalu à sa naissance. La comptabilité nationale a ainsi pu survivre à la remise en cause de la théorie qui la sous-tendait.

C'est de 1936 également que date la publication de l'article de l'économiste américain Wassily Leontief qui fut à l'origine des tableaux entrées-sorties qui jouent un rôle important en comptabilité nationale.

Il fallut attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que se développent véritablement les premiers systèmes de comptes nationaux. Pour la première fois, en effet, étaient réunies les trois conditions nécessaires à la naissance de la comptabilité nationale :

  • une volonté politique des Etats, qui souhaitaient à l'époque disposer d'outils leur permettant d'intervenir efficacement dans la vie économique nationale ;
  • une théorie économique suffisamment dominante pour imposer à tous ses concepts ;
  • des appareils statistiques performants.

En Grande-Bretagne R. Stone et J. Meade proposent dès 1941, dans un Livre Blanc, un système articulé de comptes. La même année, J. Tinbergen réalise le premier système pour les Pays-Bas. En France les premiers travaux théoriques sont l'oeuvre de A. Vincent et les premiers comptes, portant sur l'année 1938, sont réalisés en 1945 à l'Institut de conjoncture par M. Froment. Par la suite, une équipe du Commissariat Général du Plan constituée de Dumontier, Froment, Gavannier et Uri fut chargée d'élaborer les comptes.

Après les premiers travaux, la comptabilité nationale évolua différemment dans chaque pays. Dans un souci de normalisation, l'ONU adoptait en 1950 un système qui avait vocation à servir de base aux comptes de tous les pays. Il ne sera cependant pas adopté partout, si bien que, schématiquement, il était possible de distinguer trois grandes écoles de comptes au sortir des années 50 :

  • l'école anglo-saxonne, d'inspiration libérale qui se contentait de comptes légers ;
  • l'école soviétique qui adoptait un système de comptes très lourd adapté à son type très particulier de planification centralisée ;
  • l'école française qui, pour répondre aux besoins de la planification, avait créé un système original, intermédiaire entre
  • le système anglo-saxon et le système soviétique.

Les travaux d'harmonisation au niveau international se poursuivirent toutefois sous l'égide des Nations Unies si bien qu'en 1970 l'ONU publiait le document méthodologique du Système de comptabilité nationale (SCN) dont est dérivé le système européen des comptes (SEC 1979). Ces systèmes étaient en fait une synthèse des systèmes anglo-saxons et français.

Un langage spécifique

L'approche de la comptabilité est une approche macroéconomique, c'est à dire qu'elle ne saisit que des grandeurs agrégées. Les outils qu'elle emploie lui sont propres, bien que certains rappellent ceux de la comptabilité d'entreprise. Les termes à retenir sont les suivants :

  • Le terme emploi recouvre l'utilisation qui est faite d'une ressource disponible
  • L'investissement se nomme formation brute de capital fixe (FBCF). Il s'agit d'un flux brute (on ne compte pas les machines mises au rebut), qui grossit un stock de capital fixe. Pour les ménages, seul l'achat d'un logement est compté comme FBCF, l'épargne financière étant un placement et non un investissement.
  • L' amortissement macroéconomique correspond à l'usure du capital fixe estimé à travers les " déclassements " des entreprises.
  • Un même bien peut avoir un emploi différent selon son utilisateur : ainsi l'achat d'une automobile est une consommation finale pour un ménage et une consommation intermédiaire pour une entreprise

Un cadre officiel pour les opérations économiques

Un secteur institutionnel est l'ensemble d'unités institutionnelles qui ont un comportement économique analogue. Pour caractériser ce comportement économique, on utilise :

  • La fonction économique principale
  • Les ressources principales

Depuis 1999, la C.N a connu un nombre sensible de modifications afin d'harmoniser ses paramètres avec les partenaires européens. Ainsi, le secteur des sociétés et quasi-sociétés s'appelle désormais le secteur des entreprises non financières. Il est divisé en 4 sous-secteurs :

  • Sociétés publiques.
  • Sociétés privés à capitaux essentiellement nationaux.
  • Sociétés privées à capitaux essentiellement européens.
  • Sociétés privées à capitaux venant du reste du monde.

Le secteur des administrations privées s'intitule désormais " secteur des institutions sans but lucratif". Le secteur des assurances disparait et est intégré aux institutions financières. Ces secteurs institutionnels effectuent des opérations qui traduisent :

  • La mise à disposition (ressources) ou l'utilisation (emplois) de biens et services : production, consommation, FBCF, exportations, importations…
  • La répartition des revenus
  • La redistribution des revenus en fonction de nouveaux critères (sociaux, familiaux, de solidarité…) sans liaison directe avec la production.
  • Des opérations financières qui expriment les variations des créances et des dettes des agents économiques

Les trois types d'opérations économiques

Les opérations sur biens et services :

Lorsque l’on considère l’économie globalement, les principales opérations sont :

  • La production qui correspond à la création de biens et services ;
  • La consommation intermédiaire qui correspond à la destruction de biens et services au cours du processus de production ;
  • La consommation finale qui correspond à la destruction de biens et services par les ménages pour satisfaire leurs besoins.
  • La formation brute de capital fixe (FBCF) qui correspond aux biens et services utilisés de manière durable dans le processus de production.
  • La variation des stocks qui correspond à la conservation de biens et services pour une utilisation ultérieure.
  • Les acquisitions moins cessions d'objets de valeur qui correspondent à des biens utilisés comme réserve de valeur.

Pour tenir compte des échanges avec l’extérieur, il convient d’ajouter les importations et les exportations qui correspondent aux échanges de biens et services de l’économie nationale avec le reste du monde. Il est possible de présenter ces opérations dans le cadre d’un compte, le compte de biens et services qui, sous une forme simplifiée, se présente comme suit :

Compte de biens et de services
Production, importations Consommation intermédiaire

Consommation finale

Formation brute de capital fixe

Variation des stocks

Acquisitions moins cession d'objets de valeur

Exportations

Ce compte est équilibré car il représente une même grandeur, la valeur des biens et services utilisés dans l’économie au cours de la période, selon deux points de vue : l’origine des biens et services et leur utilisation.

Les opérations de répartition :

  • Revenus et production : l'opération de production, qui crée une richesse supplémentaire, est également à l'origine des revenus, qui sont répartis entre les agents impliqués dans la production.
  • Redistribution : ces opérations décrivent comment s'opère une nouvelle répartition indépendamment de la production
  • Les opérations financières : Les opérations financières sont les opérations liées à la création et à la circulation des moyens de paiement. Elles portent sur les créances et les dettes, qui sont matérialisées par les billets, la monnaie métallique, les titres, les effets… Toutes les opérations sur les biens et les services ou toute opération de répartition comporte en général une contrepartie financière qui se traduit par un transfert, de moyen de paiement ou la naissance d'un crédit. Certaines opérations sont quant à elles purement financières : prêt d'argent, dépôts, émissions ou cessions de titres.

Le cadre des branches d'activité

Une branche est au sens de la comptabilité nationale, un ensemble d'unités de production qui produit un seul type de biens ou de services. La notion de branche doit être distinguée de celle de secteur économique, qui regroupe les entreprises ayant la même activité principale. Par exemple, l'entreprise Renault n'entre pas toute entière dans la branche automobile, parce qu'elle ne produit pas que des automobiles ; en revanche, elle entre dans le secteur automobile parce que l'automobile est sa principale production.

La comptabilité nationale explique les relations au sein de l'économie nationale et donne une représentation synthétique des résultats économiques.

Quelques définitions et ratios à retenir

  • L'excédent brut d'exploitation (EBE) mesure le profit qui correspond au solde du compte d'exploitation. Il mesure ce qui reste au secteur institutionnel après rémunération des salariés et versement des impôts liés à la production (sauf TVA), et est indépendant de la nature des capitaux utilisés.
  • La valeur ajoutée brute (VAB) est égale à la valeur de la production moins la valeur des consommations intermédiaires. La somme des valeurs ajoutées brute correspond au PIB.
  • Le taux d'investissement correspond au rapport entre la FBCF et la VA.
  • Le taux d'autofinancement représente la capacité de financement de l'investissement d'un agent grâce à son épargne pendant une période considérée. Un taux d'autofinancement de 80% signifie qu'en moyenne les entreprises recourent à un financement externe pour 20% de leurs investissements.
  • Le taux d'épargne est donné par le rapport de l'épargne brute au revenu disponible brut.
  • Le taux de marge est donné par le rapport entre l'EBE et la valeur ajoutée.
PIB = sommes des V.A (au prix de base) + impôts sur les produits - subventions sur les produits.

On calcule au prix de base et non plus au prix du marché depuis 1999.

3 modes de calculs du PIB:

  • Par les produits
  • Par les emplois finals
  • Par les Revenus

Le tableau entrées-sorties (TES)

Il traduit formellement la structure de l'appareil productif : origine de la valeur ajoutée, relations entre les branches, coefficients techniques exprimant le degré de dépendance des branches entre elles. Le TES se présente sous la forme de cinq tableaux articulés entre eux : les ressources, les entrées intermédiaires, les emplois finals, le compte de production et le PIB. Il doit toujours y avoir équilibre entre les ressources et les emplois, une nation ne pouvant utiliser que ce dont elle dispose, celles produites (P) ou celles importées (M) : ressources = P + M Tout ce dont la nation dispose fait l'objet d'une utilisation sous la forme de consommation (C), d'investissement (FBCF), d'exportations (X) ou d'augmentation de stocks (S) :

emplois = C + FBCF + X + S

Les agrégats

On retiendra ici les trois résultats les plus utilisés.

Le Produit intérieur brut (PIB)

Le PIB est un agrégat qui représente le résultat final de l'activité de production des unités productrices résidentes. Le fait générateur de création de richesse est la production de valeur ajoutée

VA = Valeur de la production finale – Valeur des consommations intermédiaires

L’évaluation de l’ensemble de la VA permet alors d’apprécier la richesse totale produite sur un territoire, le PIB : Le produit intérieur brut aux prix du marché (PIBpm) représente le résultat final de l'activité de production des unités productrices résidentes. Il peut se définir de trois manières :

  • a) le PIB est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d'activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branches d'activité). C'est aussi le solde du compte de production de l'économie totale ;
  • b) le PIB est égal à la somme des emplois finals de biens et de services par les unités institutionnelles résidentes (consommation finale effective, formation brute de capital), plus les exportations, moins les importations de biens et services ;
  • c) le PIB est égal à la somme des emplois du compte d'exploitation de l'économie totale (rémunération des salariés, impôt sur la production et les importations moins subventions, excédent brut d'exploitation et revenu mixte de l'économie totale)
Fig3-1.png

En déduisant la consommation de capital fixe du PIB, on obtient le produit intérieur net (PIN) aux prix du marché.

Illustration

PIB total = PIB Marchand + PIB non marchand

PIB Marchand = Σ VA + droits à l’importation + TVA - subventions aux importations

PIB non marchand = coûts des facteurs des administrations.

Fig4.png

Le Produit national brut (PNB)

Le PNB ajoute au PIB les revenus du travail et de la propriété reçus du reste du monde moins les revenus analogues versés au reste du monde. L’écart entre le PIB et le PNB montre à la fois l’attractivité du territoire national (qui se traduit par un accroissement des investissements directs de l’étranger vers la France, ce qui contribue à la hausse du PIB) et la compétitivité des entreprises nationales qui se traduit par un accroissement des investissements directs des entreprises françaises à l’étranger, ce qui accroît le PNB.

La formation brute de capital fixe (FBCF)

La capacité (+) ou le besoin (-) de financement de l'économie totale est égal à la somme des capacités ou besoins de financement des secteurs institutionnels. C'est le montant net des ressources que l'économie totale met à la disposition du reste du monde (s'il est positif) ou qu'elle reçoit du reste du monde (s'il est négatif).

Fig5.png

La capacité (+) ou le besoin (-) de financement de l'économie totale est égal mais de signe opposé au besoin (-) ou à la capacité (+) de financement du reste du monde.

Les autres indicateurs économiques

Les agrégats produits par la Comptabilité nationale ne sont pas exempts de reproches. D’où la nécessité d’utiliser, en fonction de ce que l’on cherche à mesurer, d’autres indicateurs macro-économiques.

Les limites de la Comptabilité nationale

On distingue :

  • des limites liées aux sources statistiques de la mesure de la richesse ;
  • des limites liées à la répartition de la valeur ;
  • des limites liées à la nature même du phénomène observé : la richesse monétaire induit-elle le bien-être collectif ?

a - Les limites liées aux sources statistiques

Destinée à mesurer la valeur nationale, ou la richesse produite par les résidents, la Comptabilité nationale ne peut appréhender (faute de sources statistiques précises) toutes les sources de la création de richesse, notamment quant aux phénomènes :

    • De travail clandestin (travail au noir, évalué à 6% du PIB en France).
    • D’activités illicites telles que le trafic de drogue.
    • D’autoproduction des ménages (jardin potager, ménage, évalué à plus de 35% du PIB en France).

La valeur mesurée par le PIB n’est donc pas la richesse réelle, ni totale.

b - Les limites liées à la répartition de la valeur

La Comptabilité nationale ne peut cerner précisément l’ensemble des externalités (positives ou négatives) émises par les agents sur l’ensemble du circuit économique. La création de comptes satellites particuliers (liés à la santé ou aux dépenses d’environnement) permet de mesurer leur contenu monétaire, mais plus difficilement leur impact sur la richesse nationale. Cette incapacité à internaliser les externalités est l’une des limites les plus importantes aujourd’hui à la véracité des résultats de la Comptabilité nationale.

Illustration

Soit une usine fabriquant des produits chimiques (engrais, peinture…) dont la contribution en termes de richesse est évaluée à 1000 unités monétaires (soit 1000 de valeur ajoutée). Comme la production entraîne des dégâts sur l’environnement immédiat, la municipalité et la région engagent alors un programme de dépollution d’une valeur de 200 (salaires, achat de matériel).
  • La comptabilité nationale retient donc 1200 de valeur créée (1000 + 200)
  • Dans la réalité, les 200 dépensés par la collectivité ne servent qu’à réparer les « dégâts du progrès »
  • La richesse collective nette devrait être alors de 800 (soit 1000 – 200).

c - Les limites liées aux phénomènes observés

Le contenu du PIB est ambigu dans la mesure où on assimile intuitivement la richesse au bien-être. Or :

D’une part, le PIB est un indicateur monétaire qui ne tient pas compte de la distribution de la richesse dans la population, donc des inégalités de répartition. Ainsi, deux pays à population identique pourraient atteindre le même PIB avec pour l’un, la concentration de la richesse autour d’une classe moyenne très importante, et pour l’autre une répartition inégale entre une minorité très aisée et une majorité très pauvre. Cette moyenne statistique (le PIB/habitant) est donc muette sur les conditions réelles de vie des habitants.

D’autre part, le PIB ne dit rien sur la répartition sociale (l’étendue des services publics par exemple), sur les conditions de scolarisation, sur l’espérance de vie, tous éléments indispensables au bien-être de la population.

Le PIB mesure donc la richesse totale produite par l’activité économique sur un territoire mais ne permet pas de conclusion sur le mode de vie réel de la population. Le PIB n’est pas le « BIB » (bonheur intérieur brut).

Les autres indicateurs

Puisque la richesse monétaire collective ne suffit pas à mesurer le bien-être, on utilise d’autres indicateurs qui intègrent alors des variables non directement monétaires, telles que l’éducation et l’espérance de vie (IDH) ou des éléments sociaux (BIP 40).

A - L'Indicateur de Développement Humain (I.D.H)

Il cherche à mesurer le niveau de développement des pays en dépassant l’aspect strictement économique contenu par le PIB ou le PIB par habitant. Il intègre donc des données plus qualitatives. C'est un indicateur qui fait la synthèse (« indicateur composite ») de trois séries de données  :

  • l'espérance de vie à la naissance qui permet d’évaluer l'état sanitaire de la population du pays,
  • le niveau d'instruction mesuré par la durée moyenne de scolarisation et le taux d'alphabétisation,
  • le PIB réel (c'est-à-dire corrigé de l'inflation) par habitant, calculé en parité de pouvoir d'achat (c'est-à-dire en montant assurant le même pouvoir d'achat dans tous les pays).

Calculé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (P.N.U.D.), l’IDH varie entre 0 (pauvreté absolue) et 1 (niveau de développement le plus élevé) et autorise un classement annuel des économies nationales qui diffère du classement des Etats par le PIB/habitant.

B - Le BIP 40

Il étudie plus spécifiquement des éléments sociaux tels que le logement, les revenus, le travail et l’emploi, l’éducation, la santé et les conditions d’accès et d’exercice de la justice.

Illustration : CONJONCTURE ECONOMIQUE - PROBLEMES DE SOCIETE

Bonheur national brut japonais (Source : Les Échos : 03 novembre 2005)

Alors que le Japon sort aujourd'hui, en 2005, d'une crise déflationniste d'une dizaine d'années, et que le taux de suicide chez les jeunes et les cadres augmente, les autorités publiques ont organisé un colloque sur la mesure du bien être économique, à partir de l'exemple du petit royaume himalayen du Bouthan. Bien que 8 fois moins riche en terme de PIB, cet état mesure "le bonheur individuel de chaque citoyen". "Il prend en compte pour cela quatre facteurs : le développement socio-économique durable et équitable, la préservation de l'environnement, la protection du patrimoine culturel et la bonne gouvernance ".

Ainsi, pour Takayoshi Kusago, ancien économiste de la Banque mondiale, et professeur à l'université d'Osaka "le Japon a énormément à apprendre du Bhoutan ".

En résumé, l’économie étudie d’abord les conditions de production de la richesse, principalement fondées sur la quantité de travail (et de capital) nécessaire à la production. Mais ses instruments de mesure sont limités, soit par les sources, soit par la définition elle même de l’utilité collective de la richesse. Globalement mesurable, l’économie est plus discrète sur les conditions sociales non directement monétaires des ménages et donc notamment du facteur travail.

Pour aller plus loin

Webographie

Principes fondamentaux d la comptabilité nationale

http://www.comptanat.fr/principe/introg.htm

Classement PIB

http://www.journaldunet.com/economie/magazine/classement-pib.shtml

PIB et les agrégats (Insee)

http://www.insee.fr/fr/themes/theme.asp?theme=16&sous_theme=1

PIB et la croissance (Vidéo)

http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/default.asp?page=video-croissance.htm

Partage de la VA

http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/dossiers_web/partage_VA/rapport_partage_VA.pdf

http://www.statapprendre.education.fr/insee/entreprises/quoi/quoipartageva.htm

Tableau des Entrées Sorties

http://www.universalis.fr/encyclopedie/tableau-des-entrees-sorties/

Bibliographie

Titre Éditeur Auteur Année
La mystique de la croissance Flammarion Dominique Méda 04/09/2013
Les nouveaux indicateurs de richesse Repères – La découverte Jean Gadrey, Florence Jany-Catrice 18/10/2012
La comptabilité nationale Repères - la découverte J-P Piriou, J. Bournay 15/03/2012
L'économie politique: Bases méthodologiques et problèmes fondamentaux Armand Collin Ahmed Silem 17/08/2011
Le partage de la valeur ajoutée Repères - la découverte P Askenazy, G Cette, A Sylvain 31/03/2011
Initiation à la comptabilité nationale PUF F. Teulon 29/04/2009
Au-delà du PIB : pour une autre mesure du PIB Champs actuel Dominique Méda 26/05/2008
Qu'est-ce que la richesse ? Flammarion Dominique Méda 08/03/2000