Le commerce international et l'entreprise

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Cette fiche traite principalement de l’internationalisation de la firme : raisons, stratégies et caractéristiques des SMN. Cependant, il nous a semblé utile de resituer cette partie dans le contexte général de la mondialisation de l’économie et des justifications (théoriques et empiriques) du commerce extérieur. Néanmoins, le lecteur pressé pourra survoler la première partie avec profit avant d’aborder le cœur du sujet, centré sur l’entreprise.

Le commerce international

Définitions et concepts

D’une manière générale, les échanges internationaux représentent l’ensemble des flux entre territoires. On peut historiquement recenser les échanges démographiques (émigration et immigration), technologiques (la boussole, la poudre à canon,), culturels ou artistiques (peinture, puis musique puis cinéma et télévision par exemple), sportifs, politiques (par l’établissement de relations diplomatiques qui, formellement, autorisent les échanges directs entre États), et économiques.

Au sens économique, les échanges internationaux regroupent les échanges entre États de biens, de services, de capitaux ainsi que les transferts unilatéraux. L’ensemble de ces échanges sont regroupés dans un document comptable, la balance des paiements (enregistre l’ensemble des échanges de biens, de service et de capitaux entre l’économie nationale et l’extérieur au cours d’une période de référence. (Trimestre, année)).

Cadre conceptuel

C'est au Fonds monétaire international (FMI), chargé par ses statuts de veiller au bon fonctionnement du système monétaire international, qu'est revenue la normalisation des concepts, des définitions, des classifications et des conventions de manière à ce qu'il soit plus facile, au plan national et international, de recueillir, présenter et comparer les statistiques de balance des paiements.

Aspects institutionnels en France

La France établit une balance des paiements complète depuis 1945. Cette responsabilité, d'abord confiée à l'Office des changes, a été transférée à la Banque de France lors de la suppression de l'Office des changes en décembre 1959. Depuis, le rôle de la Banque de France a été plusieurs fois confirmé - décret n° 89-938 du 29 décembre 1989, loi du 4 août 1993 modifiée portant réforme des statuts de la Banque de France -. Actuellement, l'élaboration de la balance des paiements est prise en charge par la direction générale des statistiques - direction de la Balance des paiements.

Le commerce extérieur, ou commerce international (CI) au sens strict regroupe l’ensemble des échanges de marchandises et de services.

Nature des échanges :

  • Les échanges de biens portent sur des produits de base utiles aux entreprises (produits agricoles, minerais…), sur des produits énergétiques (pétrole) et sur des biens de production (machines, outillage). On trouve également des produits de consommation destinés aux ménages. Ce sont les produits de consommation finale (vêtements, montres…)
  • Les services constituent 1/5e environ des échanges internationaux. Ils comprennent les activités de : transport, assurance, service bancaire, tourisme, loisirs, informatique et communication
  • D'autres types d'échanges spécifiques se sont considérablement développés : ainsi, les échanges de capitaux ont véritablement explosé depuis le milieu des années 90. Chaque jour, plus de 1500 milliards de transactions brutes interviennent sur le marché des changes et le marché des capitaux, une grande partie de ces flux étant d'ordre spéculatif
  • Les échanges de technologie se sont aussi intensifiés. Il peut s'agir de vente de brevets ou de l'utilisation de ces brevets par des licences d'exploitation. L'ingénierie consiste à vendre des usines clés en main (prêtes à fonctionner), produits en main (on vend l'usine et les licences de fabrication de produits) ou marchés en main (usines + produits + réseau de distribution)
  • Enfin, à côté des échanges économiques, on trouve des échanges non quantifiables économiquement (culturels, religieux, philosophiques…) qui permettent de nouer des relations dont certaines aboutiront à des échanges de biens et de services. Enfin, les transferts de population (migrations) caractérisent notre époque et sont aussi l'occasion de flux commerciaux et financiers.

On distingue ainsi :

  • La mondialisation (des échanges de biens et services) qui tend à regrouper l’ensemble de ces transferts dans un vaste marché mondial unique, organisé par une institution internationale, l’OMC (157 membres au 24 août 2012), en coopération avec les unions régionales telles que l’ALENA (Canada, USA, Mexique), l’UE (27 membres), le Mercosur (Argentine, Paraguay, Uruguay, Venezuela et Brésil etc.…)
  • La globalisation (des mouvements de capitaux) qui tend à regrouper les flux financiers dans un marché mondial unique de sources de financement, organisé par une institution internationale (le FMI et la Banque mondiale) en coopération avec les grandes banques centrales (la FED, la BCE, la banque d’Angleterre, du Japon et de la Chine pour l’essentiel)

États des lieux (2017)

On analyse habituellement les échanges internationaux selon trois critères : les échanges en volume, en valeur, et par zone géographique. On constate globalement :

  • que le taux de croissance des échanges internationaux progresse plus rapidement que la production
  • que la part des services (20% des échanges) s’accroît sur le long terme
  • que plus de 80% du commerce mondial est réalisé par la triade (Amérique du Nord, Europe et Asie-pacifique) l’Union Européenne représentant globalement 37,1% des échanges mondiaux en 2011.


Analyse en valeur et volume En 2017, les 5 principaux importateurs et exportateurs de marchandises représentaient 38% de la valeur du commerce mondial. Le commerce mondial des marchandises a enregistré sa plus forte croissance en six ans. Il faut noter que le ratio de la croissance du commerce à celle du PIB est revenu à sa moyenne historique de 1,5, nettement supérieure au ratio de 1.0 enregistré dans les années qui ont suivi la crise financière de 2008.

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L’Union européenne a été le principal exportateur de produits manufacturés en 2017, avec un montant de 4 670 milliards de $EU, suivie par la Chine avec 2 320 milliards de $EU et les États-Unis avec 1 130 milliards de $EU. Après avoir diminué en 2015 et en 2016,la valeur des exportations mondiales de marchandises a augmenté de 11% en 2017. Cela est dû principalement à une hausse de 28% des exportations de combustibles et de produits miniers.


Aussi imprécises soit-elles, les statistiques disponibles ne laissent aucun doute sur le constat: l'économie n'a jamais été aussi mondialisée qu'aujourd'hui. Ces dernières années ont été marquées par le rôle de plus en plus important des économies en développement dans l’économie mondiale. La croissance du PIB est donc allée de pair avec l’intégration d’encore plus de pays dans l’économie mondiale. L’essor plus rapide du commerce est dû à une plus forte croissance dans la plupart des régions, en particulier dans les économies en développement. En 2017, les importations des économies en développement ont augmenté plus vite en valeur que celles des économies développées, enregistrant une hausse de 13%. Dans le même temps, les exportations des économies en développement ont augmenté de 12%, pour atteindre une part du commerce mondial légèrement supérieure à 43%

Les dix principaux importateurs et exportateurs mondiaux de services sont restés les mêmes en 2017. Ces économies ont représenté ensemble 53% du commerce mondial des services commerciaux. Il s'agit des Etats-Unis, la Chine, l'Allemagne, Royaume-Uni, France, Pays-Bas, Irlande, Japon, Inde, Singapour. En 2017, les Pays-Bas se sont classés au deuxième rang parmi les principaux pays commerçants en termes de croissance du commerce des services, à la fois pour les exportations (derrière l’Irlande) ou pour les importations (derrière l’Inde). Dans les deux cas, cela a été dû aux «autres services commerciaux», qui représentent plus de 70% du commerce de services commerciaux des Pays-Bas. Dans cette catégorie, les recettes au titre des frais pour usage de la propriété intellectuelle n.i.a. ont augmenté de 27% tandis que les exportations de services professionnels et de services de conseil en gestion ont augmenté de 35%. Les Pays-Bas sont restés le sixième exportateur de services et sont devant le Royaume-Uni. En Inde, la croissance rapide des autres services fournis aux entreprises (+9%), qui représentent environ un tiers des exportations de services du pays, a renforcé ses résultats en 2017. L’Inde a enregistré la plus forte croissance des exportations et des importations parmi les principales nations commerçantes d’Asie. Sur le plan des importations, tous les lecteurs ont connu une forte progression, en particulier les dépenses au titre des voyages à l’étranger, des services de transport et des autres services aux entreprises. Toutefois, l’Inde est restée le huitième exportateur et le dixième importateur de services

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Les justifications du commerce international

On distinguera ici les explications empiriques des fondements théoriques.

Les explications empiriques du commerce international (CI)
  • Le CI est lié à l’inégale répartition des ressources (blé, pétrole) et des savoir-faire (le vin français) sur la terre
  • Le CI est un facteur de croissance des marchés donc d’augmentation du profit des firmes
  • Le CI un facteur de croissance économique par l’intensification de la concurrence (liée à l’ouverture des frontières) et du progrès technique
  • Enfin le CI peut être aussi un facteur de stabilité politique par l’accroissement de l’interdépendance des économies. C’est « La paix par la commerce » (St. Watson, fondateur d’IBM)
Les théories du CI

On distinguera ici les théories traditionnelles qui reposent sur la dotation factorielle, des théories plus récentes qui montrent que la rareté relative des ressources sur un territoire ne suffit pas à expliquer l’internationalisation de la production et des échanges

Les théories centrées sur la dotation factorielle

A - La théorie des avantages absolus (A. Smith - 1776) justifie les échanges internationaux par les écarts de prix absolus (nominaux). Conséquence importante, la spécialisation du travail devient alors un mécanisme important pour acquérir un « avantage/prix »

B - La théorie des avantages comparatifs (Ricardo – 1817 et Stuart Mill), explique les échanges internationaux par les écarts de prix relatifs, liés à la productivité physique des facteurs de production. Ainsi, un pays, même défavorisé en termes de prix absolu (au sens d’A. Smith) a intérêt à se spécialiser dans le domaine ou son désavantage est le plus faible. Conséquence importante, dans la lignée d’A. Smith, cette théorie justifie la nécessité du libre échange (car profitable à tous, y compris les économies apparemment dévalorisées) ainsi que la spécialisation internationale et la division internationale du travail[file:///C:/Users/Simon/Documents/CERPEG/ressdiscipl/economie/ecogene/commerce_int.htm [3]].

C - La théorie HOS (néo-classique) du commerce international (Heckscher, Ohlin et Samuelson - 1941), apporte deux précisions :

  • Chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les activités productives qui exploitent le(s) facteur(s) de production dont il est le mieux doté (ainsi les pays du Sud doivent-il se spécialiser dans les industries de main d’œuvre – textile-, alors que les pays développés ont intérêt à se spécialiser dans les activités à forte intensité capitalistique - produits à haute technologie par exemple-)
  • Sur cette base, l’intensification des échanges tend sur le long terme à faire converger, de manière non absolue la rémunération des facteurs de production (tendance vers l’homogénéisation des taux d’intérêt, et réduction des écarts de la rémunération brute du travail – rattrapage des niveaux de vie par les NPI tel que Taiwan, Singapour, la Corée etc. -)
Les théories contemporaines

Elles recherchent, au delà des dotations initiales, d’autres sources d’avantages comparatifs :

A - La théorie du cycle de vie du produit (Vernon – 1966), montre que l’avantage comparatif tient aux innovations et à l’importance de la demande sur le marché domestique. Les innovations, à l'origine du cycle de vie d'un produit, apparaissent dans des pays disposant d’un grand stock de capital physique et humain. Le coût de l'innovation est absorbé par la taille du marché solvable dans ces pays. Le bien est exporté lorsque le marché domestique parvient à saturation. La concurrence internationale reprend ses droits, l'innovation étant connue, et les coûts de production deviennent des facteurs de succès. En conséquence, la production peut être transférée vers des pays à bas salaires.

B - La théorie de la concurrence imparfaite et politique commerciale stratégique (Krugman) révèle l’importance de la taille du marché domestique et les conséquences d’une position dominante nationale. Les économies d’échelle ainsi obtenues permettent simultanément de pratiquer d’une part la différenciation du produit (élargissement des gammes et amortissent des coûts de R&D) et, d’autre part la baisse des prix sur les marchés étrangers.

C - Dans la théorie de la demande (Linder - 1970) l’avantage comparatif tient à la taille du marché domestique, mais aussi aux préférences des consommateurs. Cette approche explique pourquoi deux États proches, disposant globalement de la même dotation initiale, sont amenés à échanger des biens de même nature (exportations croisées d’automobile entre la France et l’Allemagne par exemple).

Pour aller plus loin...

Webographie

Bibliographie

Titre

Éditeur

Auteur

Date

Commerce international et politiques commerciales

Armand Collin

S. Bécuwe

2006

La grande désillusion

Fayard

J. Stieglitz

2002

La mondialisation de l’économie : genèse et problèmes

Repères La découverte

J. Adda

2006

La mondialisation de l’économie : de la genèse à la crise

Repères La découverte

J. Adda

2012

La nouvelle théorie du commerce international

Repères La découverte

M. Rainelli

2003

Le commerce international

Repères La découverte

M. Rainellli

2015

Le point sur la mondialisation

PUF

JL Ferrandéry

1999

Notre première mondialisation : leçon d’un échec oublié

Seuil

S. Berger

2003

Un monde meilleur ? pour une nouvelle approche de la mondialisation

Armand Collin

J. Brasseul

2005

L'internationalisation de l'entreprise

L’internationalisation de l’entreprise

L’internationalisation est une stratégie de développement de la firme hors de son marché national (ou marché domestique), afin de bénéficier d’avantages concurrentiels supplémentaires. Les causes de cette ouverture à l’international peuvent être analysées sous deux angles complémentaires. D’une part, l’internationalisation de la firme est liée à des variables générales d’environnement économique et à des facteurs liés à son productive. D’autre part, l’internationalisation de la firme est liée à ses contraintes stratégiques.

Les causes générales
Les variables macroéconomiques

D’une manière générale, l’ouverture vers l’extérieur permet à la firme de conquérir de nouvelles parts de marchés, d’accroître sa notoriété, son influence, son chiffre d’affaires, et de diversifier ses approvisionnements et ses débouchés. Cette ouverture est facilitée par la mise en place d’institutions internationales destinées à réguler les échanges et à réduire les droits de douane ainsi que les obstacles non tarifaires De plus la coopération économique régionale se développe par la création de zones de libre échange (Alena) ou d’unions économiques intégrées (UE). Enfin le progrès technique raccourcit les distances, en favorisant simultanément le transport physique des biens et le développement des communications par l’usage des Tice et des réseaux électroniques (Internet).

Les variables de l’entreprise

L’internationalisation, par l’implantation d’unités de production comme par l’exportation, permet de bénéficier de trois types d’opportunités :

  • Des opportunités techniques grâce aux gains de productivité des transports (baisse du coût et réduction du temps des transports), grâce aux différences de qualification de la main d’œuvre, et enfin en raison de l’inégale dotation des Etats en ressources productives (matières premières par exemple)
  • Des opportunités commerciales, liées à plusieurs évènements : l’apparition de nouveaux marchés (Chine), la nécessité de se rapprocher des nouveaux lieux de production et de consommation, l’apparition d’une homogénéisation partielle des modes de vie et de consommation de certains produits (alimentation, textile, habillement…), génératrice d’économies d’échelle. Enfin l’exportation, comme l’implantation directe à l’étranger, permettent de compenser la saturation progressive de la demande dans les marchés domestiques (biens d’équipement des ménages en Europe par exemple)
  • Des opportunités financières liées à différents facteurs :
    • Le coût de la main d’œuvre, en fonction du niveau de développement de l’économie nationale, du droit du travail et de la protection sociale.
    • Les fluctuations des taux de changes. L’installation dans un pays étranger permet d’échapper aux conséquences des fluctuations des taux de changes (Airbus, comme Dassault envisagent d’implanter des chaînes de production dans les Etas appartenant à la zone dollar, c’est à dire essentiellement hors de la zone Euro).
    • Le protectionnisme latent. L’installation dans un pays étranger permet de se protéger contre les conséquences des mesures de protectionnisme déguisé (sur l’acier avec les USA, sur le riz au Japon, sur la banane avec les pays d’Amérique centrale).
    • Le régime juridique et fiscal (le taux d’imposition sur les sociétés) en vigueur dans les différents Etats. (Le siège d’Airbus est situé aux Pays bas, pays qui n’accueille pas d’unités de production, et dont le constructeur, Fokker n’est qu’associé à la participation à certains programmes).
Les causes stratégiques

Les facteurs stratégiques d’internationalisation des entreprises sont liés à la recherche de trois opportunités : la diminution des risques, le bénéfice d’avantages concurrentiels, et les opportunités de marchés.

La volonté de diminution des risques, par l’internationalisation, permet :

  • De contourner les risques liés à la phase de fin de vie du produit. Un produit en phase de déclin sur le marché domestique (la coccinelle de VW en Europe au début des années 1970) peut être en phase de croissance dans un autre pays (développement de la production de ce modèle au Mexique à la même époque)
  • D’échapper au risque de la conjoncture (depuis l’an 2000 on constate globalement le ralentissement de la croissance dans la zone Euro, alors que celle-ci se maintient aux USA et se développe à un rythme soutenu en Inde ou en Chine)
  • De réduire le risque de dépendance géographique vis-à-vis des producteurs, pour les Etats comme pour les entreprises (les approvisionnements gaziers de l’Europe dépendent à plus de 25 % de la Russie)
  • De déplacer le risque de concurrence. Les produits de l’entreprise peuvent être fortement concurrencés sur son marché domestique, mais bénéficier d’une position plus favorable sur les marchés extérieurs (Nike au début des années 2000 aux USA)

La recherche d’avantages concurrentiels se traduit par la recherche :

  • des disponibilités de ressources physiques (matières premières) et des savoir-faire
  • des différentiels des coûts du travail
  • des incitations publiques, légales ou fiscales (l’aide de la France à l’installation d’Eurodisney à Marne la Vallée, ou de Toyota dans le Nord par exemple)

L’utilisation des opportunités de marché

L’entreprise établi son diagnostic stratégique en fonction des caractéristiques du marché, national et international. Les facteurs liés au marché domestique regroupent essentiellement :

  • le degré de concurrence (marché saturé –automobile- ou en situation d’oligopole restreint – lessive-)
  • l’état de la réglementation (normes de sécurité ou environnementales, normes sociales) peut placer la firme en situation de désavantage comparatif par rapport aux conditions en vigueur sur d’autres territoires
  • les conditions techniques de production (court d’approvisionnement par exemple) peuvent limiter la croissance de la firme.

Les facteurs liés aux marchés étrangers concernent :

  • L’internationalisation de la concurrence : le développent rapide de certains nouveaux marchés impose à la firme d’être aussi présente sur ce terrain (PSA en Chine par exemple)
  • Les obstacles protectionnistes (tarifaires et non tarifaires), comme les variations des taux de changes conduisent également l’entreprise à implanter de nouvelles unités de production sur ces nouveaux marchés porteurs (Renault en Inde et en Russie)

II - Les choix préalables à l’internationalisation

L’internationalisation de la firme conduit à s’interroger sur le choix du pays (ou vendre ? ou produire ?) comme sur le choix du produit (quelle offre proposer ?), avant d’analyser les méthodes à adopter (voir partie III : Les modalités de l’internationalisation).

Le choix du lieu d’implantation

Le choix du pays d’accueil dépend tout d’abord de la confrontation entre l’ampleur du marché (taille, pouvoir d’achat des consommateurs, croissance envisagée du marché…) et de la capacité de la firme à satisfaire les besoins perçus. D’autres facteurs interviennent également dans la décision de la firme, tels que :

  • l’accessibilité physique (état des infrastructures, logistique), commerciale (état de la concurrence, réseaux de distribution, pratiques commerciales) et administrative (normes techniques, pratiques administratives, restrictions aux importations, mode de rapatriement des profits)
  • le risque pays (risques de change, stabilité politique, sécurité juridique)
Le choix du produit

Le choix du produit est lié à l’état de la gamme de l’entreprise qui peut donc choisir de proposer :

  • un produit actuel sur de nouveaux marchés : (la Clio Renault en Chine),
  • un produit nouveau adapté à ces nouveaux marchés (La Logan en Russie ou au Maroc).

Les modalités d’internationalisation de la firme

En fonction de ses ressources, du produit, et des caractéristiques du marché étranger visé, la firme doit procéder à un arbitrage entre les trois voies de l’internationalisation : l’exportation, l’implantation et le partenariat, ou impartition, en distinguant les lieux de production des lieux de commercialisation.

Les stratégies d’exportation

L’entreprise maintient la production sur son marché domestique et vend ses produits sur les marchés étrangers. On distingue ainsi :

  • L’exportation simple : à partir de son marché d’origine, l’entreprise prend en charge les opérations de transport et de distribution sur les marchés extérieurs (LVMH et le champagne par exemple)
  • L’exportation indirecte : l’entreprise recourt à des intermédiaires pour acheminer ses produits sur les marchés étrangers (courtiers, transporteurs maritimes, transitaires etc.)
  • L’exportation concertée : l’entreprise se regroupe avec d’autres sociétés pour bénéficier de la compétence de partenaires locaux (groupement d’entreprise, portage ou « piggy back »). Pour les PME, cette méthode permet d’utiliser le réseau commercial d’une grande entreprise (moyennant une commission) sans avoir à supporter les coûts de constitution d’un réseau de distribution à l’étranger. On notera ici que cette stratégie d’exportation s’effectue dans le cadre d’opération d’impartition
Les stratégies d’implantation

L’entreprise installe des unités de production et de commercialisation dans les marchés étrangers. Cette implantation correspond alors à des IDE (investissements directs à l’étranger). On distingue :

  • la création d’une succursale (établissement sans personnalité juridique propre)
  • la création de filiale (de production, de distribution ou de services), par la constitution d’une société nationale de droit local
Les stratégies d’impartition

L’entreprise s’engage ici dans une stratégie de concentration contractuelle, ou impartition (cf. chapitre « la croissance de l’entreprise »). Cette stratégie permet à des sociétés, éventuellement rivales, de collaborer pour bénéficier du partage de compétences ou d’économies d’échelles, tout en conservant leurs indépendances juridiques.

La coopération internationale inter entreprises prend deux formes principales :

  • La création de structures communes soit par la création d’une filiale partagée (entre un producteur et un distributeur par exemple), de type co-entreprise ou « joint venture » (Renault-Dacia), soit par la création d’un GIE ou GIEE (groupement d’intérêt économique européen). Ces modalités permettent de partager les risques, de réduire les apports financiers de chaque partie, de bénéficier d’effets de synergie, de profiter de la connaissance des partenaires locaux, de pénétrer des marchés éloignés (Renault-Nissan) etc
  • Le partage de savoirs faire, qui s’exerce sous deux modalités principales :
    • soit par les franchises (industrielles ou commerciales) ou la cession de licence (brevets) qui permet au partenaire de la firme d’agir pour leur propre compte en lui versant une redevance,
    • soit par le portage, ou le regroupement d’entreprises (voir supra)

Les SMN (Sociétés Multi Nationales)

Le développement du commerce international depuis les années de l’après guerre, et son accélération depuis les années 1980 s’accompagne du développement des SMN (sociétés multinationales) ou FMN (firmes multi nationales) [file:///C:/Users/Simon/Documents/CERPEG/ressdiscipl/economie/ecogene/commerce_int.htm [2]]

Une SMN est une entreprise :

  • qui dispose de plusieurs unités de production de son activité principale sur plusieurs territoires
  • dont le capital est réparti entre de partenaires de différentes nationalités, et de ce fait est souvent cotée sur plus d’un marché financier (bourse)
  • dont les cadres stratégiques sont de culture et de nationalités variés
  • qui dispose d’une stratégie internationale ou mondiale

On récence ainsi des SMN dans les secteurs de l’automobile (Ford, WV, Renault) , de l’aéronautique (Boeing, Airbus), de la pharmacie (Novartis, Pfizer), de l’électronique (Phillips, Sony), de l’informatique (IBM, HP), dans le secteur de matières premières (Exxon, Shell), dans le secteur des services (Suez, Vivendi, Veolia) dans le secteur bancaire (HCBC, BNP) comme dans celui de l’assurance (Lloyds, Allianz)

Les conséquences de l’internationalisation des firmes

On distinguera ici les impacts macro-économiques des conséquences sur les firmes elles-mêmes

En terme macro économique, le développement des SMN :

  • Donne naissance à des oligopoles mondiaux (Boeing-Airbus), par les processus de concentration
  • Modifie la structure des échanges internationaux par le jeu du commerce intra firmes. Les échanges intra-firmes sont les échanges entre filiales d'un même groupe multinational. Le produit fini est assemblé en un lieu, avec des composants provenant d’unités de production situés sur d’autre territoire (Renault assemble la Mégane à Flins, avec des moteurs provenant de l’usine de Valladolid en Espagne).

On estime, faute d’indicateurs précis, que ce commerce intra firmes représente le tiers des échanges internationaux en valeur.

  • Participe au développement des territoires d’accueil par les transferts de technologie
  • Exerce une influence sur l’emploi dans le marché domestique, par les délocalisations. «Au sens strict, une délocalisation correspond au transfert d’une partie de l’appareil productif vers un pays émergent, c’est-à-dire la fermeture d’unités de production en France suivie de réouverture à l’étranger. L’entreprise de l’industrie ou des services réimporte ensuite les mêmes biens afin de servir la même clientèle. Les délocalisations au sens large comprennent aussi la sous-traitance internationale. Il y a bien transfert de l’activité mais sans investissement dans le pays d’accueil. L’ensemble des importations de biens manufacturés en provenance des pays émergents effectuées directement par les entreprises industrielles françaises peut servir de majorant pour estimer l’impact des délocalisations. Ces importations incluent bien les flux générés par les délocalisations au sens strict et la sous-traitance internationale, mais leur étendue est plus large elles ne résultent pas nécessairement de la suppression d’une activité sur le territoire national et peuvent être liées au développement des approvisionnements des pays émergents ».

L’internationalisation contribue à ces destructions annuelles pour une part qui reste minoritaire mais néanmoins significative. On estime ainsi que les délocalisations contribuent à la destruction annuelle de 15 000 à 34 000 emplois. Mais ces destructions n’ont pas empêché l’économie française de créer environ 200 000 emplois marchands par an sur la dernière décennie. Source Insee « Les flux de main-d’œuvre et les flux d'emplois dans un contexte d'internationalisation ».

  • Altère progressivement le sens des échanges. Traditionnellement, les SMN sont issues des pays développés et exercent principalement leurs activités dans les autres pays développés (à l’exception des SMN spécialisées dans l’extraction des matières premières ou du secteur textile-habillement). Cet échange Nord-Nord est désormais en passe de se modifier, avec l’apparition de SMN issues des pays du Sud, ou des NPI, telles que PétroChina (Chine) Mittal (Inde), Petronas (Malaisie).

En terme stratégique, le développement des SMN :

  • A longtemps exercé une influence économique sur les pays d’accueil (par exemple ; United Fruits en Amérique latine avant guerre, BP en Irak après guerre, ITT au Chili, ou Elf au Gabon dans les années 70…), influence génératrice de monopoles locaux
  • Permet d’atteindre une rente mondiale de position dominante (Microsoft ou Intel dans la micro informatique) préjudiciable à la concurrence.
  • Autorise le développement de produits mondiaux (le Mac Do, ou la Renault Logan), source d’économies d’échelle, participant ainsi à une relative homogénéisation des modes de consommation et, au-delà, des modes de vie.

La mondialisation et le développement des SMN accélèrent donc, pour certains produits, l’apparition de marchés uniques mondiaux, la diffusion des innovations technologiques. De manière plus générale ce mouvement participe à une meilleure allocation des ressources productives, et à la croissance économique des territoires d’implantation. Cependant les conditions d’exercice des activités des SMN sont susceptibles de produire des distorsions de concurrence, économiques mais aussi sociales quant aux conditions de travail et de rémunération de leurs salariés (Adidas en Indonésie, GAP en Inde, Nike au Vietnam). Ainsi, la mondialisation et le développement des SMN révèlent-ils l’acuité de la question de la gouvernance mondiale et de la responsabilité sociale et éthique de la firme.

Pour aller plus loin...

Bibliographie

Titre

Éditeur

Auteur

Date

Le marketing international. Stratégie globale, campagne locale

Les éditions d’organisation

É. Karsaklian

2007

Entreprises multinationales - Stratégie. Restructuration. Gouvernance

Dunod

O. Meier,

G. Schier

2005

Les multinationales globales

Repères La découverte

Andreff

2003

Précis d'économie internationale

Ellipses

A. Slim,

F. El Alaoui

2006

La mondialisation et ses ennemis

Hachette

Daniel Cohen

2005

Un autre monde

Fayard

J. Stieglitz

2006