Partie 4 - La délocalisation de la production

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La définition de la délocalisation

La délocalisation consiste à l'abandon d’une activité de production nationale, le transfert de cette activité vers une unité de production à l’étranger et l'importation de la partie de la production réalisée à l’étranger destinée au marché national ou local.

Les entreprises se délocalisent en s'implantant à l'étranger pour améliorer leurs gains. Il ne faut pas assimiler délocalisation à externalisation puisque c'est le fait qu'une entreprise confie une partie de ses activités à des partenaires extérieurs.

Phénomène en forte progression, la délocalisation affecte presque toutes les activités professionnelles. Elle constitue le corollaire de la mondialisation de l’économie. Ce phénomène très répandu dans les pays développés consiste à séparer le lieu de fabrication ou de transformation des marchandises de leur lieu de consommation. Dans la majorité des cas, l’entreprise délocalise ses activités chez un pays à faible coût de production.

Les avantages de la délocalisation

  • Le faible coût de la production constitue l’un des principaux facteurs de développement de la délocalisation. Le salaire moyen des Français coûte plus cher que celui des travailleurs dans les pays visés par la délocalisation.
  • La flexibilité du travail. En délocalisant ses activités, l’entreprise n’a besoin que de quelques employés pour assurer le suivi et le contrôle.

Les inconvénients de la délocalisation

  • La baisse des coûts de production ne peut pas forcément jouer en faveur de l’entreprise. Les risques ne se limitent pas au niveau de la qualité de production, ils peuvent affecter la sécurité des consommateurs. Cela peut nuire à l’image de l’entreprise ainsi qu’à celle de ses produits et services. Les travaux à faibles coûts peuvent nuire à l’environnement.
  • Les risques liés au lieu d’implantation de l’entreprise délocalisée : la majorité des pays qui accueillent les activités délocalisées se caractérise par différentes instabilités pouvant nuire au développement de l’entreprise et aux succès des projets qu’elle met en œuvre. Les réglementations en vigueur ne permettent pas d’assurer la protection optimale de l’entreprise délocalisée des risques de contrefaçon. Certains pays ne disposent pas de l’infrastructure adaptée pour faciliter la mise en œuvre de certains projets. Le problème d’infrastructure ne se limite pas à la mauvaise qualité des réseaux de transport, mais aussi et surtout à la logistique.
  • Source Inconvénients et avantages de la délocalisation [1]

La délocalisations des entreprises françaises en quelques chiffres

En trois ans, 4,2 % des sociétés marchandes non financières de 50 salariés ou plus ont délocalisé des activités

Depuis vingt ans, l’environnement mondial de l’activité des sociétés localisées en France a profondément changé. Au-delà de la baisse des droits de douane, celle des coûts de transaction et de traitement de l’information, ainsi que l’émergence de nouveaux pays industriels à bas coût de main-d’œuvre, ont conduit à repenser l’organisation des sociétés et des groupes et la localisation des activités. L’enquête Chaînes d’activité mondiales réalisée par l’Insee en 2012 s’intéresse aux choix stratégiques des sociétés entre faire ou faire faire. Faire, c’est internaliser la production ; faire faire, c’est externaliser en partie ou totalement ses activités, en France ou à l’étranger. Faire faire par une autre société implantée à l’étranger, c’est délocaliser, l’activité délocalisée pouvant être, auparavant, effectuée au sein de la société ou déjà externalisée en France.

On s’attend à ce qu’une firme concentre ses ressources sur les activités pour lesquelles elle dispose d’un avantage, et envisage de contracter avec d’autres firmes pour le reste. L’externalisation de certaines tâches est une pratique ancienne dans l’industrie, mais a longtemps privilégié des prestataires proches et donc en France. Avec l’effondrement des coûts de communication et de traitement de l’information, la question se pose aujourd’hui bien plus souvent dans une perspective internationale, pour les activités industrielles comme pour les services. En 2012, 28 000 sociétés marchandes non financières, employant au moins 50 salariés à la fin 2008, étaient implantées en France. Selon l’enquête Chaînes d’activité mondiales, au cours des trois années 2009 à 2011, 4,2 % d’entre elles ont procédé à des délocalisations d’activités (graphique 1). Ces sociétés employaient près de 500 000 salariés en 2011, soit 6,5 % de l’emploi des 28 000 sociétés étudiées. Toujours sur le même champ, presque autant de sociétés (3,1 %) ont envisagé des délocalisations sans les effectuer. Parallèlement, 7,3 % des sociétés ont externalisé une partie de leurs activités dans une autre société implantée en France. Au total, 10,1 % des sociétés marchandes non financières de 50 salariés ou plus ont externalisé en France ou délocalisé des activités.

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Graphique 1 – Proportion de sociétés de 50 salariés ou plus ayant externalisé en France ou délocalisé des activités entre 2009 et 2011
Lecture : 7,3 % des sociétés marchandes non financières de 50 salariés ou plus ont externalisé en France (totalement ou partiellement) au moins une activité et 4,2 % ont délocalisé (totalement ou partiellement) au moins une activité.
Champ : sociétés marchandes non financières de 50 salariés ou plus (fin 2008) implantées en France, dont le secteur appartient aux divisions 05 à 82 (hors divisions 64 à 66) de la NAF rév.2.

  • Source : Insee, enquête Chaînes d’activité mondiales.

Plus de délocalisations dans l’industrie manufacturière et l’information-communication

L’industrie manufacturière et les services de l’information et de la communication sont les deux secteurs qui ont le plus fréquemment délocalisé, avec 8,8 % de sociétés concernées dans les deux cas (graphique 2). Ces dernières représentaient respectivement, en 2011, 13,6 % et 19,2 % de l’emploi total des sociétés de 50 salariés ou plus de leur secteur.
Dans l’industrie manufacturière, la fabrication d’équipements électriques (25 % de sociétés concernées) et celle de produits informatiques, électroniques et optiques (22 %) sont particulièrement concernées. Dans les services d’information et de communication, ce sont surtout les services liés aux activités informatiques qui ont délocalisé (11 %). À l’inverse, la construction, les transports, l’hébergement, la restauration et l’immobilier ont très peu délocalisé entre 2009 et 2011 (moins de 1 % de sociétés concernées).
Sur la période observée, les activités délocalisées relèvent plutôt du cœur de métier dans l’industrie manufacturière, et des activités support dans les autres secteurs.

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Graphique 2 – Proportion de sociétés de 50 salariés ou plus ayant délocalisé des activités entre 2009 et 2011, selon différents critères

Lecture : 7,7 % des sociétés marchandes non financières de 50 salariés ou plus et exportatrices en 2009 ont délocalisé, totalement ou partiellement, au moins une activité. Champ : sociétés marchandes non financières de 50 salariés ou plus (fin 2008) implantées en France, dont le secteur appartient aux divisions 05 à 82 (hors divisions 64 à 66) de la NAF rév.2.

  • Source : Insee, enquête Chaînes d’activité mondiales.

Les sociétés exportatrices ou de grande taille ont plus souvent délocalisé

Entre 2009 et 2011, la proportion de sociétés ayant délocalisé une partie de leurs activités augmente assez naturellement avec l’effectif salarié : 5,9 % des sociétés de 100 salariés ou plus fin 2008 sont concernées, contre 2,7 % de celles employant 50 à 99 salariés. Cette proportion atteint même 7,6 % pour les sociétés de 250 salariés ou plus et 10 % pour celles de 5 000 salariés ou plus.
Les sociétés appartenant à un groupe en 2009 ont davantage délocalisé que les sociétés indépendantes (5,2 % contre 1,6 %). L’envergure internationale des groupes favorise aussi cette stratégie : 12,7 % des sociétés déjà présentes à l’étranger en 2009 par le biais de filiales ont délocalisé entre 2009 et 2011. Ce taux atteint 20,8 % lorsqu’elles appartiennent en plus à un groupe étranger..

Les sociétés exportatrices ont également délocalisé beaucoup plus souvent (7,7 %) que celles dont le marché est uniquement français (0,7 %). À secteur, taille et type de société donnés (le type distinguant l’appartenance ou non à un groupe, si ce dernier est français ou étranger, et si la société contrôle ou non des filiales à l’étranger), une société exportatrice a délocalisé en moyenne quatre fois plus souvent qu’une société non exportatrice.

Des délocalisations en majorité vers l’Union européenne

Parmi les sociétés ayant délocalisé entre 2009 et 2011, 55 % l’ont fait vers l’Union européenne (UE) : 38 % vers l’Union européenne des quinze (UE15) et 22 % vers les nouveaux États membres, une société pouvant avoir délocalisé dans plusieurs pays (tableau 1). L’Afrique, en raison de sa proximité avec la France et de l’usage du français dans certains pays, est également en bonne place avec 24 %. La Chine (18 %) et l’Inde (18 %) compensent leur éloignement et un environnement des affaires parfois moins attrayant par leurs atouts en matière de tissu industriel, de coût de la main-d’œuvre ou de taille du marché intérieur.
L’UE est de très loin la destination privilégiée des délocalisations d’activités support des sociétés françaises (65 %), en raison de la qualité de l’environnement contractuel. Un quart des sociétés ayant délocalisé de telles fonctions l’ont fait en Inde, notamment des services administratifs ou de gestion, des services informatiques ou de télécommunications et des activités de design, recherche et développement (R&D), ingénierie et services techniques. Les délocalisations d’activités support vers l’Afrique concernent essentiellement le marketing, les services de commercialisation, services après-vente et centres d’appels, pour des raisons évidentes de langue commune.

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Tableau 1 – Zones d’accueil des délocalisations d’activités des sociétés françaises de 50 salariés ou plus entre 2009 et 2011

  • Source- INSEE [2]


Les sociétés préfèrent délocaliser au sein de leur groupe

94 % des sociétés ayant délocalisé entre 2009 et 2011 appartiennent à un groupe. Dans ce cas, elles délocalisent le plus souvent au sein de ce dernier : c’est le cas de 73 % des sociétés tandis que 35 % seulement ont choisi des partenaires extérieurs au groupe (tableau 2). Lorsque les sociétés choisissent de délocaliser dans une de leurs filiales, il s’agit pour une grande majorité d’une filiale déjà existante.
Les sociétés qui délocalisent une activité cœur de métier le font bien plus souvent au sein du groupe (80 %) qu’en dehors de celui-ci (28 %). Pour les fonctions support, l’écart est moindre (66 % contre 41 %). Toutefois, pour les activités support relatives au design, à la R&D, à l’ingénierie et aux services techniques, le groupe reste très largement privilégié (85 % contre 19 %).
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Tableau 2 – Partenaires dans l’accueil des délocalisations d’activités effectuées entre 2009 et 2011 par les sociétés appartenant à un groupe

La recherche de coûts plus bas, mais pas uniquement salariaux

Les délocalisations dans les pays émergents comme l’Inde et la Chine sont souvent motivées à la fois par l’accès à des coûts bas, salariaux ou non, et à des marchés prometteurs (sources). Dans le cas des nouveaux États membres de l’UE, les coûts salariaux peuvent également être attractifs. Pour les délocalisations vers l’UE15, les sociétés ont d’abord recherché la réduction des coûts de production autres que les salaires et les motifs sont plus diversifiés. À l’opposé, les délocalisations vers l’Afrique sont majoritairement motivées par la recherche de salaires bas pour des activités intensives en main-d’œuvre. Notons que pour les sociétés appartenant à un groupe, la décision d’opérer des délocalisations provient souvent de stratégies élaborées par la tête de groupe, quelle que soit la zone de délocalisation.

La proximité des clients actuels plutôt que la délocalisation

Comme on l’a vu, 3,1 % des sociétés du champ de l’enquête ont envisagé des délocalisations sans les effectuer. Dans huit cas sur dix, il s’agit de sociétés exportatrices. L’incertitude sur la qualité des biens et services produits une fois les délocalisations effectuées est un obstacle important pour plus de la moitié des sociétés ayant envisagé des délocalisations sans les effectuer, de même que le besoin d’une proximité avec les clients actuels. Les barrières juridiques ou administratives et l’inquiétude des employés et des syndicats viennent juste après.
Des obstacles se sont également dressés sur la route des sociétés ayant effectué des délocalisations (sources). L’inquiétude des employés et des syndicats est dans tous les cas souvent citée comme un obstacle important ou très important ; c’est d’ailleurs le seul obstacle vraiment important lors des délocalisations vers l’UE15. L’incertitude sur la qualité des biens et services produits est le problème majeur pour les sociétés ayant délocalisé en Chine, en Inde ou en Afrique. Le besoin de proximité avec les clients actuels est également souvent un obstacle très important lors des délocalisations vers l’Afrique et la Chine. Sont également mentionnés comme obstacles très importants, lors des délocalisations en Afrique, les barrières juridiques ou administratives, l’insuffisance de management et de savoir-faire, et l’instabilité politique et économique de la zone. S’agissant des délocalisations en Chine, le risque de non-respect de la propriété intellectuelle est considéré comme un obstacle très important, tandis que la difficulté à identifier les fournisseurs étrangers adéquats ou les tarifs douaniers et barrières non tarifaires sont souvent indiqués comme des obstacles importants, mais rarement comme très importants.

Délocalisations et suppressions d’emplois, quel chiffrage ?

L’enquête Chaînes d’activité mondiales permet d’estimer à environ 20 000 le nombre de suppressions directes de postes en France dues à des délocalisations opérées entre 2009 et 2011 par les sociétés marchandes non financières de 50 salariés ou plus, soit environ 6 600 suppressions par an au cours de ces trois années. Ces 20 000 suppressions représentent 0,3 % de l’emploi salarié en 2011 de l’ensemble des sociétés du champ et 4 % de l'emploi de celles qui ont délocalisé. Les deux tiers de ces suppressions concernent le cœur de métier des sociétés ayant délocalisé. Dans l’industrie manufacturière, 11 500 postes apparaissent supprimés en raison de délocalisations opérées entre 2009 et 2011, soit 0,6 % de l’emploi salarié de l’ensemble des sociétés de l’industrie manufacturière du champ.

Ce chiffrage, qui reflète l’impact microéconomique des délocalisations en termes d’emploi, doit être interprété avec prudence. Il est déclaratif et ne prend en compte que les suppressions directes de postes sans tenir compte de celles qui peuvent être induites chez les sous-traitants de la société, ni, en sens inverse, des emplois qui peuvent être localisés sur le territoire suite au même type de mouvement réalisé à partir de l’étranger. Il faut aussi se demander quelle aurait été l’évolution de l’emploi si la société n’avait pas délocalisé.

L’impact des délocalisations sur l’emploi a déjà fait l’objet de différentes études (bibliographie). Plusieurs mesurent l’effet de la hausse des échanges entre la France et les pays d’accueil des délocalisations sur la part de l’industrie dans l’emploi total : à partir de données agrégées, selon une approche économétrique (Boulhol et Fontagné, 2006 ; Demmou, 2010) ou selon une approche comptable fondée sur les tableaux entrées-sorties de la comptabilité nationale (Demmou, 2010), ou à partir de données individuelles de sociétés (Aubert et Sillard, 2005 ; Jean, Hijzen et Mayer, 2011). Toutes les études antérieures aboutissent à des effets sur l’emploi d’un ordre de grandeur comparable, un peu supérieurs au chiffrage issu de l’enquête Chaînes d’activité mondiales.

Par exemple, l’étude de Aubert et Sillard, publiée par l’Insee, définit la délocalisation par le recul d’activité en France et l’importation consécutive de produits depuis une filiale implantée à l’étranger. Les pertes d’emploi dans l’industrie manufacturière dues aux délocalisations sont estimées entre 9 000 et 20 000 par an, mais elles incluent une grande partie des suppressions de postes chez des sous-traitants. Par ailleurs, l’étude de Aubert et Sillard porte sur la période 1995-2001, qui correspond au développement massif de la Chine et des pays émergents d’Europe centrale et orientale, alors que la période 2009-2011 est une période de crise pendant laquelle les entreprises se développent moins à l’étranger.